Sur l’appellation « Pied Noir », par Roger Hillel

Sur l’appellation « pied noir »

Par Roger Hillel, membre de l’association au titre d’ami

L’idée d’une association de pieds noirs se démarquant de celles existantes a pris corps après l’affaire des noms de la famille Donnat-Galléa gravés sur le mur des disparus de Perpignan*. Cette « erreur » est une preuve supplémentaire de l’aveuglement des associations de pieds noirs, en particulier du cercle algérianiste, qui, pour être l’une des plus politiques, a été à l’origine du mur des disparus et en a dirigé la réalisation.

A partir du moment où il a été question de créer une association, si l’appellation « pieds noirs progressistes » s’est imposée à ses initiateurs, elle a été diversement perçue par les progressistes, PN ou amis, que nous avons sollicités. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a été comme un déclencheur de sentiments souvent enfouis. Les uns se sont offusqués de se voir attribuer le terme de PN, estimant ne se reconnaître que dans le qualificatif de « progressistes », les autres se sont sentis soulagés d’être désignés comme tels, et les a décidés à en assumer les interprétations contradictoires.

Pourquoi ces réactions contraires ? Pour en savoir plus, nous avons interrogé les historiens qui ont travaillé sur l’origine de cette appellation, sur la façon dont elle s’est répandue en Algérie et en métropole et sur les connotations qu’elle véhicule.

L’historien Gilbert Meynier, membre de l’association en tant qu’ami, qui, sans pour autant avoir travaillé sur ces questions, m’a suggéré des pistes. Je les ai suivies, pris des contacts avec d’autres chercheurs. Plusieurs ont répondu à mes courriels. De fil en aiguille, avec l’aide précieuse du site de la LDH Toulon et du passionnant  opuscule de Gaston Donnat « l’Algérie coloniale : algériens et pieds noirs », j’ai rédigé ce texte.

N’étant pas historien, il n’était pas dans mes intentions de faire une recension de tout ce qui a été écrit à ce sujet et d’en faire un bilan critique. D’autre part, ces notes ne reproduisent pas des témoignages de PN, que l’on trouvera dans les travaux des historiens dans lesquels j’ai puisé. On sait qu’ils en  font un usage fréquent, les mettent en perspective pour leur donner du sens, les confrontent à d’autres sources pour produire des analyses. Il conviendra donc de lire ce texte en ayant en tête cet avertissement.

1- Les dénominations : Européens, algériens, indigènes, arabes et musulmans entre 1830 et 1962

Les questions que nous nous posons rejoignent inévitablement une problématique qui préoccupe beaucoup les historiens, celle qui relève des « enjeux de nomination », ainsi abordée par  Eric Savarese (1) « La concurrence des mémoires se traduit, aussi et surtout, par des enjeux en terme de dénomination des groupes : la question du vocabulaire permettant de les nommer et de les présenter est donc fondamentale. ».

Après la conquête de l’Algérie, le colonisateur a longtemps distingué d’un côté les « européens » (catégorie juridique créée en 1831) et de l’autre les « indigènes » régis par le code de l’indigénat. Il ne faut pas oublier que l’Algérie a été une colonie de peuplement et que la France fit appel, d’abord à des français, puis, à des espagnols, italiens et maltais, et dans une moindre mesure à des suisses et des allemands du sud (3). Pour ces immigrés, elle institua la naturalisation automatique par les lois du 26 juin 1889 et du 22 juillet 1893 (7), les faisant tous basculer dans la catégorie des « européens ».

Tous ces européens, se sont très vite désignés comme « algériens », alors que dans le même temps, « la masse des «  indigènes  » se confondait avec les dénominations «  d’arabe  » (qui incluait dans l’usage courant les berbérophones) et de musulman. » (3). Albert Camus n’a pas dérogé à la tradition langagière dominante. Jacques Frémeaux (9) rappelle que : « Dans « Des bateaux et de la justice » (16 mai 1945, Essais, Gallimard, coll. Pléiade, p. 947), il oppose « indigène » et « européen », puis plus bas « Français »  et « Arabe ». Dans « Lettre à un militant algérien (octobre 1955) », il évoque aussi les « Français d’Algérie » et les « Arabes » (p. 963). Dans Trêve pour les civils (janvier 1956, p. 984), il évoque, de même, « l’Algérie de la justice, où Français et Arabes s’associeront librement ». Dans sa préface de 1960 à Actuelles (mars-avril 1958), il parle de « Français d’Algérie » et d’« Arabes d’Algérie»  mais plus bas d’ « Européens » »

Un mot à propos des juifs sur lesquels, Gaston Donnat a écrit des pages forts stimulantes en s’inspirant en particulier du livre d’André Chouraqui « Histoire des juifs en Afrique du Nord » (1951, Hachette littérature). Ce qu’il faut retenir, c’est, qu’ils aient été des juifs maghrébins (présents en Algérie avant les conquêtes française, turque et arabe et longtemps classés dans la catégorie des indigènes) ou des juifs issus de l’immigration après la conquête française, ils seront intégrés à la catégorie des « européens », après diverses péripéties (dont la citoyenneté française accordée aux « indigènes israélites » en octobre 1840 par le fameux décret Crémieux,  puis la perte en octobre 1940 sous le régime Vichy et la restitution en octobre 1943).

« Il se dégage, de toutes ces dénominations, un apparent manque de rigueur :  le vocable « européen » englobe ou non les Juifs ; il désigne des gens nés en Afrique pour leur majorité ; et un manque de logique de découpage selon les catégories, puisqu’il n’y a pas de véritable couple religieux (« Européen » étant opposé à « Musulman »), ni de couple national (« Français » s’opposant à « Arabe »), ni de couple ethnique (« Européen » s’opposant à « Africain »). » (9)

En fait, ces distinctions sémantiques ne doivent rien au hasard. Celle « arabe –européen » est évidemment le signe du clivage fondamental de la société coloniale. En Afrique noire, le contraste physique était tel qu’on avait « le blanc et le nègre », dans le Maghreb, où la distinction physique était moins flagrante, cela donnait « arabe-européen » dont la connotation raciale, comme l’a fort bien analysé Gilles Manceron (8), n’en était pas moins évidente.

Quant à la confusion sur le vocable « algérien », elle va perdurer pendant près d’un siècle jusqu’à ce que le nationalisme algérien s’affirme et « identifie le « peuple algérien » à la masse des «  indigènes  » assujettis, et lui attribue une identité nationale antérieure à la conquête coloniale. » (3). Preuve supplémentaire que « dans la situation coloniale, comme dans bon nombre d’autres cas, les enjeux de nomination sont aussi des enjeux de pouvoir, et les mots font l’objet de luttes : tandis que les Français d’Algérie se proclamaient « Algériens », en tant que résidents d’une « province française », les anciens « indigènes » se proclament « Algériens » lorsque, investis dans la guerre d’indépendance, ils visent à se définir comme les occupants légitimes du territoire » (1)

En l’espace d’un peu plus d’un siècle,  c’est donc opéré ce que Guy Pervillé appelle un « phénomène de mutation et d’inversion sémantique » : « Le nom « Algériens » devint de plus en plus suspect parmi les français d’Algérie, puis la revendication d’un Etat national algérien indépendant par l’insurrection du FLN acheva de rendre insupportable son ambiguïté. Les anciens « Algériens » pouvaient alors se proclamer Français, comme ils l’avaient toujours fait pour se distinguer des « Arabes », et pour revendiquer contre eux la solidarité de leurs compatriotes de France »(4). Ce que Michèle Baussant explique en ces termes : « Lorsque le mot « Algérien » reprit l’application qu’on lui connaissait au XVème siècle, il cessa de désigner les Européens pour être désormais destiné aux seuls «Musulmans ». Les premiers faisaient ainsi l’amère expérience du sens d’un terme qu’ils s’obstinaient à ne pas reconnaître et devenaient alors des pieds-noirs. En remettant en cause la domination de la France et en se réappropriant le terme d’«Algérien » pour se nommer eux-mêmes, les seconds redéfinissaient leur propre place dans le système. Cette place allait leur être peu à peu reconnue, au contraire des Européens qui ne pouvaient désormais plus se prétendre« Algérien » (5)

2- Les dénominations des français d’Algérie à leur arrivée en France en 1962

C’est une confusion analogue qui prévaut quant aux appellations des européens qui fuient l’Algérie en 1962 et viennent s’installer en France. Valérie Morin (2) fait à ce propos les commentaires suivants : « En 1967, la métropole avait accueilli environ 1 400 000 Français dont 90 % venaient d’Afrique du nord. Au niveau du vocabulaire, l’administration française les a appelés des rapatriés, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de définition. Le terme  » rapatrié  » signifie être de retour dans sa patrie. Or, si pour certains cela était vrai, pour un grand nombre, venir – et non pas revenir – en France ne signifiait rien : les conjoints indochinois de français ou leur parentèle, les immigrés européens du Maghreb, naturalisés français par la suite, les Français nés au Maghreb qui n’avaient jamais fait le voyage en France (sauf lors de la guerre pour les hommes l’ayant faite), les juifs du Maghreb, implantés depuis 400 ans… La communauté juive, française ou non, a, en effet, majoritairement quitté les pays du Maghreb, au moment des décolonisations ou peu après lors des conflits nés des guerres israélo-arabes (surtout en 1967). Le terme  » rapatrié  » donne aux Français du Maghreb un statut juridique. Pour l’Etat français, ils sont reconnus  » rapatriés  » par la loi du 26 décembre 1961 qui leur offre alors un cadre juridique pour s’installer en métropole mais aussi des avantages sociaux (S.S ou allocations familiales) et financiers (aides, prêts à des taux intéressants) liés à ce statut(…) Le terme  » rapatrié « , quoique parfaitement impropre dans la plupart des cas, est donc essentiellement juridique et il a l’avantage de nommer précisément cette catégorie de Français installés en France après les indépendances. Mais ces Français d’outre-mer seront aussi nommés  » repliés  » par le général de Gaulle notamment,  » réfugiés « , certains se préférant « expatriés » ou  « exilés » Pour Michèle Baussant (5) « Ces derniers ne pouvaient pas être considérés comme des «personnes déplacées» ou des «réfugiés », puisqu’ils n’étaient pas citoyens algériens. Dans la législation française, ce terme s’appliquait à tout Français, «ayant dû ou estimé devoir quitter, par suite d’événements politiques, un territoire où il était établi et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France. ». Progressivement se met en place un langage officiel et des textes juridiques, qui n’échappent pas aux clivages établis par le système colonial. On y distingue les «rapatriés de souche européenne» des «rapatriés de confession islamique » ou «Français musulmans rapatriés »(3).

3 – Sur la dénomination « pied noir »

C’est peu de dire qu’avec les dénominations précédentes, les équivoques sont patentes, mais ce n’est rien en comparaison du terme « pied noir » que Michèle Baussant (5) nomme « un étrange « ethnonyme » qui recouvre des représentations confuses et superposées ». Jean-Jacques Jordi, estime quant à lui, que « les éléments fondateurs de l’identité “pied-noire” sont relativement récents, et tant y abondent des lieux communs parfois falsificateurs » (7). Dans son courriel, Yann Scioldo-Zurcher le présente comme « un terme polysémique, qui désigne aussi bien les Français d’Algérie que les Algériens ».

Sur son origine, de nombreuses interprétations ont été répertoriées par Michèle Baussan (5) et Guy Pervillé (4), dont certaines qu’ils jugent « fantaisistes » ou « invraisemblables ». Certains ont privilégié des explications qui « renvoient aux premiers contacts des groupes en Algérie et à leur différenciation, découlant d’éléments culturels et stéréotypés, extérieurs et visibles »(5). Mais, au-delà des aspects anecdotiques, (souliers ou godillots noirs, pieds sales, pieds hâlés…), il ne semble pas faire de doute que durant des décennies, jusqu’aux années 40, le terme « pied noir » est une injure anti arabe utilisée par les européens (4 et 5).

Comment expliquer alors son retournement progressif de sens pour devenir en 1962 l’appellation dominante des « rapatriés » d’Algérie ? Une des explications est certainement fournie par l’analogie avec le sort qu’à subi le terme d’ « algérien », dont on a vu que, dans un premier temps il est accaparé par les européens, puis progressivement, les algériens légitimes se l’approprient et finalement, qu’après quelques années de coexistence, un peu avant 1954, les premiers finissent par l’abandonner aux seconds, signe de la fin annoncée de l’Algérie coloniale. Ce n’est certainement pas par hasard si le retournement de sens du terme pied noir commence à s’opérer, selon les historiens vers la première moitié des années 50 (4 et 5) et va s’accélérer à partir du déclanchement de l’insurrection algérienne. Dans un courriel, Bachir Hadjadj, l’auteur de « Les voleurs de rêve » nous livre le témoignage suivant : « Pour moi qui avais 17 ans au déclenchement de la lutte armée, et au lycée de Sétif où j’étais, j’ai toujours entendu mes camarades français d’Algérie utiliser le mot de Pied Noir pour se désigner eux mêmes, et ce n’était pas un mot péjoratif. » Dans son courriel, Michèle Baussant indique que « le terme se serait répandu au moment de la guerre d’Algérie, utilisé par les Français dit de Métropole pour qualifier les « Européens » d’Algérie (d’où exonyme) », alors que pour Guy Pervillé (4), ce sont les français d’Algérie qui auraient revendiqué ce terme car, « L’explication doit partir du fait que les futurs « Pieds-noirs » s’étaient d’abord appelés « Algériens », en définissant ce nom comme celui d’un peuple nouveau, né de la fusion des « races » européennes en Algérie à la fin du XIXe siècle, pour se distinguer des Français de France (appelés « Francaouis » ou « Patos ») (4). Les deux explications sont peut être complémentaires, car selon Yann Scioldo-Zürcher (courriel) : « Ce n’est qu’avec la guerre d’Algérie que son usage va changer. Le nom va commencer à désigner l’ensemble des Français d’Algérie  » européens  » (le terme français ne suffisant pas à désigner les européens puisque les » musulmans  » comme on les nomme alors sont aussi Français). Le terme va se diffuser des deux côtés de la Méditerranée.  Pour les Français de métropole, le terme pied-noir va représenter les Français  » européens  » d’Algérie, tous sans exceptions. Par la suite, il servira à désigner les rapatriés.  Chez les Français d’Algérie, les choses sont un peu différentes. Le terme va être redécouvert et va tout d’abord être perçu comme péjoratif. Cependant, dès 1959, il se diffuse dans les rangs des partisans de l’Algérie française, car il permet à la fois de revendiquer une filiation avec la France (le nom étant un nom de langue française) et à la fois, permet de distinguer les Français d’Algérie des autres métropolitains. Plus encore, comme on le sait, à la fin de la guerre, dès les années 1960-1961, les Français d’Algérie vont de plus en plus être confondus par les métropolitains  avec les ultras de l’Algérie française et le terme pied-noir, un temps, va servir à désigner les Français d’Algérie et par extension, par synecdoque, ceux qui sont partisans de l’OAS. Conclusion : Le terme a été revendiqué par les Français d’Algérie ultra, au terme de la guerre mais dans le même temps, il a été unanimement utilisé par les métropolitains et le pouvoir politique (toutes tendances confondues)  pour désigner les rapatriés. Ainsi, dans les années 1960, il ne désigne plus que ceux nés en Algérie  et « revenus » en France métropolitaine. » Ces dernières réflexions ont l’avantage de ne rien gommer et seront des plus fructueuses pour notre association, d’autant que l’historien a ajouté des remarques plus personnelles que je crois utile d’introduire dans ma conclusion.

Conclusion :

Yann Scioldo-Zürcher, se pose la question : « Que faire donc avec ce fatras de sens, d’histoires personnelles et collectives et de revendications qui volent autour de ce nom ? » Il y répond en ces termes : « Ce n’est pas l’historien qui vous écrit désormais mais le citoyen que je suis et qui se permet de vous donner -modestement- un ou deux conseils :

– Ne laissez pas le terme pied-noir être utilisé par les seuls partisans d’une France raciste et xénophobe. Gardez donc ce nom ! Il a une histoire difficile, qui est celle de la colonisation, des départs et des manques de l’Algérie, mais c’est-là un résumé de l’histoire humaine. Ce nom à acquis un sens : il appartient à tous ceux qui ont connu l’Algérie qui y sont nés par les hasards de la vie et de l’histoire et à l’image des pieds-noirs d’aujourd’hui, ce nom est multiple. Il désigne un passé commun, mais en rien une seule tendance politique. C’est un nom difficile, mais c’est un nom historique. Parmi les rapatriés tous n’étaient pas les immondes salauds qui ont suivi les violences de l’OAS, nous le savons bien. Gardons-nous donc à notre tour de faire des réductions historiques grotesques. Que votre association rappelle donc aussi que des pensées progressistes animaient aussi des pieds-noirs et leurs amis ! » Un encouragement qui rejoint celui formulé dans le courriel de Bachir Hadjadj : « Concernant le fond des choses : Je crois que le terme de pieds noirs s’est imposé et il désigne sans aucun doute possible les français d’Algérie. Secondo, il n’est pas péjoratif même si l’image qu’il colporte est marquée à droite parce que la majorité des pieds noirs n’était pas pour l’émancipation de la colonie. Personnellement je crois qu’il faut garder le terme de pied noir pour désigner les français d’Algérie. Et comme dans toute société humaine il y aura des pieds noirs de gauche qui se revendiqueront de gauche, et des pieds noirs de droite pour ceux qui se revendiquent de l’OAS ou toujours partisans de l’Algérie Française. Je souhaite longue vie à L’APNPA. »

Roger Hillel (6 août 2008)

1- Eric Savarese, Maître de conférences, Université de Perpignan-Via Domitia :  Journée d’Etudes Montrer l’Algérie au public. Pour en finir avec les guerres de mémoires algériennes qui s’est tenue à Narbonne, le 19 avril 2007, sous l’égide du CERTAP, UPV. rapport rédigé par Eric SAVARESE, Maître de conférences, Université de Perpignan-Via Domitia, qui intègre les contributions, réflexions et propositions de Raphaëlle BRANCHE, Maîtresse de conférences, Université de Paris I, Jean Robert HENRY, Directeur de recherche, CNRS, Jean – Charles JAUFFRET, Professeur, IEP d’Aix en Provence, Claude LIAUZU, Professeur émérite, Université de Paris VII, Gilbert MEYNIER, Professeur émérite, Université de Nancy II, Valérie MORIN, Docteure en histoire, Université de Paris VII, Guy PERVILLE, Professeur, Université de Toulouse Mirail, Eric SAVARESE, Maître de conférences, Université de Perpignan Via Domitia, Yann SCIOLDO – ZURCHER, Docteur en histoire, EHESS, Benjamin STORA, Professeur, I.N.A.L.C.O., Sylvie THENAULT, Chargée de recherche, CNRS

2- Valérie Morin, dont j’ai utilisé le texte publié en 2002 sur le site Hermès, Historiographie des décolonisations et des nationalismes du Maghreb.

3- Guy Pervillé Comment appeler les habitants de l’Algérie avant la définition légale d’une nationalité algérienne ? (1996) colloque Mots et migrations organisé par le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (CMMC). Texte publié dans les Cahiers de la Méditerranée, Nice, CMMC, n° 54, juin 1997, pp. 55-60.

4-Guy Pervillé : Pour en finir avec les « Pieds-Noirs », présentée lors du colloque Les mots de la colonisation, Bordeaux III, 22-24 janvier 2004.

5- Michèle Baussant, sociologue (EHESS), qui a répondu à mon courrier et m’a fait parvenir des extraits de son ouvrage «Pieds noirs,  mémoires d’exil » 2002, Stock,

6- Yann Scioldo-Zurcher, auteur d’une thèse sur l’indemnisation des Pieds noirs, dirigée par Nancy Green (EHESS). La rémanence des stéréotypes coloniaux dans le discours politique, 1962-2005, « Existe-t-il une vision pied-noir des rapports franco-algériens ? », colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-22 juin 2006, Lyon, ENS LSH, 2007, http://ens-web3.ens-lsh.fr/colloque….

7- Jean-Jacques Jordi, historien, UMR-Telemme, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme les pieds-noirs, constructions identitaires et réinvention des origines, [ Hommes et Migrations n°1236 – mars avril 2002 ]

8- une cascade de mépris extrait de l’ouvrage « d’une rive à l’autre – la guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire » de Gilles Manceron et Hassan Remaoun (éd. Syros, Paris 1993).

9- Texte de Frémeaux : L’européen d’Algerie : une identité fugitive ? dans Carbonell (Ch.-O.), dir., De l’Europe, identités et identité, mémoires et mémoire, Presses de l’Université des sciences sociales de Toulouse, 1996, p. 43-49.

* Note concernant le mur des disparus de Perpignan (juin 2008)

« C’est en 2004 que la mairie de Perpignan accède à la demande du cercle algérianiste d’ériger un mémorial en hommage, selon les termes d’un récent communiqué de cette association, aux « milliers de Français d’Algérie, de Harkis, de militaires, enlevés sans laisser de trace, entre 1954 et 1963 ».

Pourquoi avoir choisi cette période alors que le cessez le feu date du 19 mars ?

a- On a pu établir (Guy Pervillé La guerre d’Algérie, Que sais-je ? mars 2007) qu’avant cette date le nombre de civils européens disparus morts sans sépulture est 375 et de 1773 après cette date soit un total de 2148.  Ce chiffre est très proche de celui établi par le ministère des Affaires étrangères (Liste datant du 5 juillet 2005 avec 2280 noms puis révisée le 25 février 2008 et sur laquelle ne figurent plus les 5 noms de la famille Donnat-Galléa ) .

Sur le mémorial du cercle algérianiste, figurent 2616 noms (dont les 5 noms de la famille Donnat-Galléa), ce qui correspond à quelque chose près aux 2280 noms de la liste du 5 juillet du ministère et aux 400 noms de soldats annoncés par Mme Simon-Nicaise, la présidente du Cercle algérianiste. Mais, pourquoi 400, alors que les historiens avancent le chiffre de 1000 ? Nous n’avons pas la réponse.

b-A propos de la liste du  ministère des affaires étrangères.

Cette liste diffère de celle du CICR (Comité international de la Croix Rouge)
à laquelle il ne faut plus se fier. Celle du ministère qui nous sert désormais de référence a  été publiée sous l’intitulé,  liste « concernant les personnes disparues ou présumées disparues en Algérie pendant les derniers mois de la souveraineté française (1962), ». Il ne s’agirait donc pas de tous les disparus depuis le début de la guerre d’Algérie. La note ajoute que 3781 dossiers ont été examinés et que 1551 concernaient des personnes ayant été retrouvées ou libérées ce qui donne 2230 (mais la liste comprend 2281 noms).  On rapprochera ce chiffre des 2148 de Guy Pervillé.

c- Des OAS avérés figurent sur la liste des disparus du ministère des affaires étrangères et donc sur le mémorial.

Dans une interview donné dans l’indép du 23 nov, J-M Pujol a déclaré :  » la liste des personnes disparues est œcuménique, sa composition prouve que toutes étaient d’innocentes victimes  »  C’est faux ! Il suffit de consulter les 2 listes publiées par l’ADIMAD.  Sur celle consultable sur son site, on a  les noms d’OAS tués au cours d’actions terroristes et dont certains sont donnés comme disparus : 3 d’entre eux figurent sur la liste du ministère : Peny Henri, Arbassette Marcel et Aoustin Pierre. Une autre liste correspond aux 105 tueurs de l’OAS pour lesquels la stèle du cimetière de Perpignan a été érigée. On en retrouve 2 sur la liste du ministère : Cortès Gilbert, Morère Roger et donc sur le mémorial. Cela fait donc 5 OAS dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas « d’innocentes victimes » auxquelles le mémorial de Perpignan rend hommage

Un travail plus fouillé qui relève des historiens, permettrait de vérifier si d’autres noms d’OAS sont inscrits sur le mur

II : le mur des disparus

C’est en 2004 que la mairie de Perpignan accède à la demande du cercle algérianiste d’ériger un mémorial en hommage, selon les termes d’un récent communiqué de cette association, aux « milliers de Français d’Algérie, de Harkis, de militaires, enlevés sans laisser de trace, entre 1954 et 1963 ».

Pourquoi avoir choisi cette période alors que le cessez le feu date du 19 mars ?

a- On a pu établir (Guy Pervillé La guerre d’Algérie, Que sais-je ? mars 2007) qu’avant cette date le nombre de civils européens disparus morts sans sépulture est 375 et de 1773 après cette date soit un total de 2148.  Ce chiffre est très proche de celui établi par le ministère des Affaires étrangères (Liste datant du 5 juillet 2005 avec 2280 noms puis révisée le 25 février 2008 et sur laquelle ne figurent plus les 5 noms de la famille Donnat-Galléa ) .

Sur le mémorial du cercle algérianiste, figurent 2616 noms (dont les 5 noms de la famille Donnat-Galléa), ce qui correspond à quelque chose près aux 2280 noms de la liste du 5 juillet du ministère et aux 400 noms de soldats annoncés par Mme Simon-Nicaise, la présidente du Cercle algérianiste. Mais, pourquoi 400, alors que les historiens avancent le chiffre de 1000 ? Nous n’avons pas la réponse.

b-A propos de la liste du  ministère des affaires étrangères.

Cette liste diffère de celle du CICR (Comité international de la Croix Rouge)
à laquelle il ne faut plus se fier. Celle du ministère qui nous sert désormais de référence a  été publiée sous l’intitulé,  liste « concernant les personnes disparues ou présumées disparues en Algérie pendant les derniers mois de la souveraineté française (1962), ». Il ne s’agirait donc pas de tous les disparus depuis le début de la guerre d’Algérie. La note ajoute que 3781 dossiers ont été examinés et que 1551 concernaient des personnes ayant été retrouvées ou libérées ce qui donne 2230 (mais la liste comprend 2281 noms).  On rapprochera ce chiffre des 2148 de Guy Pervillé.

c- Des OAS avérés figurent sur la liste des disparus du ministère des affaires étrangères et donc sur le mémorial.

Dans une interview donné dans l’indép du 23 nov, J-M Pujol a déclaré :  » la liste des personnes disparues est œcuménique, sa composition prouve que toutes étaient d’innocentes victimes  »  C’est faux ! Il suffit de consulter les 2 listes publiées par l’ADIMAD.  Sur celle consultable sur son site, on a  les noms d’OAS tués au cours d’actions terroristes et dont certains sont donnés comme disparus : 3 d’entre eux figurent sur la liste du ministère : Peny Henri, Arbassette Marcel et Aoustin Pierre. Une autre liste correspond aux 105 tueurs de l’OAS pour lesquels la stèle du cimetière de Perpignan a été érigée. On en retrouve 2 sur la liste du ministère : Cortès Gilbert, Morère Roger et donc sur le mémorial. Cela fait donc 5 OAS dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas « d’innocentes victimes » auxquelles le mémorial de Perpignan rend hommage

Un travail plus fouillé qui relève des historiens, permettrait de vérifier si d’autres noms d’OAS sont inscrits sur le mur

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